Tendances thyroïdiennes non détectées par les examens standards

Vous prenez des médicaments pour votre hypothyroïdie, mais vous présentez toujours des symptômes tels que des douleurs musculaires, de la fatigue, une prise de poids, une perte de cheveux, la dépression, la sensation d’avoir l’esprit embrouillé et de la difficulté à perdre du poids. Votre médecin vous a demandé de refaire des analyses sanguines afin de déterminer quel est votre taux d’hormones thyroïdiennes, mais ce dernier est normal. Est-ce que cela signifie que vos fonctions thyroïdiennes sont normales? Ces symptômes seraient-ils d’origine psychologique tout simplement?

Un examen standard pour la thyroïde consiste en l’analyse de la thyréostimuline (TSH) et de la T4. Mais la normalité du taux de ces hormones ne prédit pas toujours la santé de la glande thyroïde, cette petite glande en forme d’un papillon située à la base du cou.

La glande thyroïde sécrète les hormones thyroïdiennes T3 et T4, qui sont chargées de la régulation de plusieurs processus biologiques, dont le niveau d’énergie, le métabolisme, la température corporelle, la digestion, la reproduction et plus encore. Lorsque l’hypothalamus (une partie du cerveau) sent que le taux de T3 et de T4 dans le sang est faible, il sécrète l’hormone thyréotrope (TRH), qui envoie un signal supplémentaire à la glande pituitaire afin qu’elle produise de la thyréostimuline (TSH). Le rôle de la TSH est de dire à votre glande thyroïde de produire de la T3 et de la T4. Votre glande thyroïde est très sensible et ses fonctions sont influencées par divers facteurs, tels que votre santé surrénale, votre santé intestinale et votre statut nutritionnel. Comment tout cela s’accorde-t-il ?

Le fait est que la santé des fonctions thyroïdiennes n’est pas seulement une question de production de bonnes quantités de TSH, de T3 et de T4. La T4 doit être convertie en T3, qui est la forme active de l’hormone. De plus, la T3 doit être bien absorbée par les cellules. Ces processus peuvent être perturbés par le stress, la fatigue surrénale, le syndrome de l’intestin perméable et les carences nutritionnelles. Il y a de fortes chances que votre médecin n’explore pas ces facteurs pour déterminer si vous êtes en bonne santé thyroïdienne ou pour trouver la réelle cause de vos symptômes hypothyroïdiens. Outre la TSH, la T3 et la T4, d’autres marqueurs, tels que la T3 libre et la T3 inverse, peuvent fournir des indications utiles quant à votre santé thyroïdienne. Malheureusement, ces marqueurs sont généralement ignorés et ne figurent pas parmi les éléments examinés dans les analyses standards.

Votre médecin a-t-il analysé votre taux de T3 libre ?

Votre glande thyroïde produit la T4 ainsi que la T3, mais pas en quantités égales. Environ 90 pourcents de ce qui est produit est de la T4, qui est inactive. Le corps a besoin de convertir cette T4 inactive en T3 active, qui est précisément ce dont vos cellules ont besoin.

Au départ, la T3 est attachée à la globuline liant la thyroxine (TBG), une protéine qui transporte l’hormone dans le flux sanguin. La T3 a besoin de se détacher de la TBG pour qu’elle puisse se lier aux récepteurs d’hormones thyroïdiennes présents sur pratiquement toutes les cellules. Il s’agit de la T3 libre, dont vos cellules ont besoin et qu’elles peuvent utiliser.

Est-ce que votre T4 se convertit bien en T3 ?  

La T4 est convertie en T3, la forme active de l’hormone thyroïdienne que vos cellules peuvent utiliser. La conversion inadéquate de la T4 en T3 pourrait être une des raisons pour lesquelles vous ne réagissez pas bien aux médicaments qui vous ont été prescrits. Dans pareil cas, la personne a un taux normal de TSH et de T4, mais présente quand même des symptômes d’hypothyroïdie.

Plusieurs facteurs peuvent influencer négativement ou interférer avec cette conversion essentielle :

  • Haut taux de cortisol : cela peut être causé par l’inflammation et le stress chroniques
  • Dysbiose intestinale : les microbes intestinaux produisent l’ensemble d’enzymes deiodinases, chargé de convertir la T4 en T3. Une mauvaise santé intestinale décroît le taux de bonnes bactéries, ce qui réprime le processus de conversion.
  • Carences nutritionnelles : les minéraux tels que le fer et le sélénium sont nécessaires à l’activation d’enzymes essentiels à la conversion de la T4 en T3. Une carence en ces minéraux affecte négativement cette conversion.  

La dominance oestrogénique et la mauvaise santé hépatique peuvent également avoir un impact sur le processus de conversion. Un autre élément doit également être analysé, mais il est souvent ignoré lors des analyses thyroïdiennes standards : votre taux de T3 libre, qui est nécessairement faible si la T4 n’est pas convertie en T3.

Qu’en est-il de votre taux de TBG ?

Haut taux de TBG

Tel que mentionné ci-dessus, l’hormone T3 ne peut voyager dans le flux sanguin de façon autonome. Elle a besoin d’aide, et c’est le rôle que joue la TBG. La T3 se lie à cette protéine de transport afin de rejoindre les cellules et les tissus. À ce stade, la T3 est encore inactive. Elle a besoin d’être libérée de la TBG, ce qui se produit une fois qu’elle atteint les cellules et se lie aux récepteurs. Donc qu’est-ce qu’un taux élevé de TBG indique? Cela signifie que votre corps a un faible taux de T3 active ou libre, ce qui donne lieu à de l’hypothyroïdie.

Qu’est-ce qui peut accroître votre taux de TBG? Cela est principalement causé par un haut taux d’estrogène dans le corps. La production de progestérone chez les femmes commence à décliner lorsqu’elles atteignent la fin de la trentaine. Cela donne lieu à une hausse du taux d’estrogène avec l’âge chez les femmes. L’usage prolongé des pilules anticonceptionnelles ainsi que l’hormonothérapie substitutive sont les deux autres principales causes de la dominance oestrogénique.

Cela peut également être causé par le stress, le dysfonctionnement hépatique et l’exposition à long terme à des substances chimiques que l’on retrouve généralement dans le plastique, les shampoings, les crèmes et les lotions. Ces substances chimiques, appelés xénoestrogènes, perturbent le fonctionnement des glandes endocriniennes et créent des débalancements hormonaux.  

Faible taux de TBG

Donc un haut taux de TBG résulte en une quantité réduite d’hormones thyroïdiennes libres ou actives. L’inverse est aussi vrai; un faible taux de TBG résulte en une hausse soudaine du taux d’hormones thyroïdiennes libres. Une trop grande quantité d’hormones en circulation dans le flux sanguin rend vos cellules résistantes à leurs effets. Cela est très similaire à la résistance à l’insuline, soit la situation où un taux anormalement élevé d’insuline circulant dans le flux sanguin rend vos cellules résistantes à cette dernière.

Avec la résistance thyroïdienne, vos cellules ne peuvent utiliser les hormones thyroïdiennes malgré leur abondance. Autrement dit, vous avez les hormones, mais elles ne peuvent pénétrer dans vos cellules, ce qui donne lieu aux symptômes caractéristiques de l’hypothyroïdie. Le faible taux de TBG peut être causé par un taux élevé de testostérone, la résistance à l’insuline, un déséquilibre du taux de sucre et le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK).

Mais la résistance à l’insuline pourrait comporter une autre conséquence sous-jacente : activité réduite des récepteurs de T3. Comme nous le savons, l’hormone T3 se lie aux récepteurs cellulaires afin d’y pénétrer. Toutefois, des facteurs tels que le stress, un haut taux de cortisol et des carences en nutriments tels que le zinc, la vitamine A et les acides gras peuvent interférer avec le bon fonctionnement des récepteurs T3. De plus, les mutations génétiques peuvent également affecter les fonctions de ces récepteurs. Donc dans ce cas-ci, vous avez les hormones thyroïdiennes, mais les récepteurs ne fonctionnent pas suffisamment bien pour les laisser pénétrer, ce qui donne lieu à une trop grande quantité d’hormones en circulation.  

Les dysfonctions pituitaires ou la fatigue surrénale pourraient-elles être coupables ?

La santé de vos glandes surrénales fait partie intégrante de votre santé thyroïdienne. Le stress à long terme, les infections chroniques, les maladies métaboliques et le manque de sommeil sont tous des facteurs pouvant stresser vos glandes surrénales, causant ainsi de la fatigue surrénale.

Lorsque vous êtes stressé, vos glandes surrénales produisent davantage de cortisol. Le cortisol affecte vos fonctions thyroïdiennes de plusieurs manières :

  • Un niveau élevé de stress et de cortisol affecte la glande pituitaire, soit une glande qui sécrète de la TSH. Or si vous souffrez de dysfonctionnement pituitaire, votre taux de TSH sera insuffisant, la TSH étant chargée de stimuler la glande thyroïde afin de produire de la T4 et de la T3.
  • Le stress chronique et un taux élevé de cortisol altèrent la conversion de la T4 inactive en T3 active. La raison pour cela est généralement parce qu’en temps de stress, le corps a besoin de ralentir son métabolisme ainsi que plusieurs autres processus biologiques pour se guérir et se réparer.  
  • Le stress et le cortisol sont également la cause d’un déséquilibre du taux de sucre. Le haut taux de sucre affecte vos fonctions thyroïdiennes.
  • Le stress contribue à la dysbiose intestinale ainsi qu’au syndrome de l’intestin perméable, ce qui non seulement perturbe la conversion de la T4 en T3, mais cause également de l’inflammation systémique, l’un des plus grands facteurs de risque de maladies auto-immunes telles que la maladie d’Hashimoto.
  • Le stress accroît également le taux d’estrogène, et un haut taux d’estrogène accroit le taux d’une protéine appelée « globuline liant la thyroxine » (TBG). Nous avons déjà discuté, dans la section précédente, du rôle de la TBG et de la manière dont le haut taux de TBG est source de problèmes.

Une étude récente menée en 2018 a conclu que le « syndrome de stress post-traumatique (SSPT) est associé à un plus grand risque d’hypothyroïdie. Une plus grande sensibilisation aux dysfonctions thyroïdiennes pourrait s’avérer particulièrement important pour les femmes souffrant de SSPT. » [1]

Avez-vous fait analyser votre taux de T3 inverse ?

Votre corps produit une autre hormone: la T3 inverse (rT3). Une partie de la T4 produite par votre glande thyroïde est convertie en rT3 par votre foie. Cependant, il peut arriver que le corps produise plus de rT3 qu’à la normale. Cela a généralement lieu lorsque le corps a besoin de conserver son énergie afin de récupérer à la suite d’événements stressants ou d’un traumatisme. L’inflammation chronique et les infections, l’exposition à des températures extrêmes, la détresse émotionnelle ainsi que la maladie cœliaque accroissent le taux de rT3.

Bien que le corps soit équipé pour gérer de faibles quantités de rT3, qu’il produit naturellement d’ailleurs, les quantités excessives de rT3 font concurrence à la T3 ainsi qu’à sa capacité à se lier aux récepteurs d’hormones thyroïdiennes. Cela finit par donner lieu à une assimilation réduite de T3 par les cellules, ce qui cause les symptômes d’hypothyroïdie.

Avez-vous une maladie auto-immune ?

La plupart des cas d’hypothyroïdie sont causés par la maladie d’Hashimoto. Il s’agit d’une maladie auto-immune qui se caractérise par la production par le système immunitaire d’anticorps qui attaquent et détruisent la glande thyroïde, endommageant ainsi sa capacité à produire des hormones thyroïdiennes. Bien que la génétique joue un rôle clé dans votre susceptibilité de développer une maladie auto-immune, l’inflammation chronique, le syndrome de l’intestin perméable, les allergies alimentaires, les infections et le stress peuvent également vous mettre à risque.

Vous prenez des médicaments pour la thyroïde mais vous ne vous sentez pas mieux ?

Vous prenez des médicaments pour la thyroïde qui accroissent votre taux d’hormone thyroïdienne, mais cela n’améliore pas votre situation? La question est : à quoi sert un taux suffisant d’hormones thyroïdiennes lorsque vous n’êtes pas capables de convertir la T4 en T3? Et si vos cellules avaient développé une résistance aux hormones thyroïdiennes en raison du faible taux d’hormone TBG ou de l’activité réduite des récepteurs T3? Dans de tels cas, le fait de suivre une hormonothérapie thyroïdienne substitutive importe peu.

Non seulement votre corps a besoin de produire des hormones thyroïdiennes, mais il doit également être en mesure de les utiliser efficacement. Sinon, votre niveau d’énergie demeurera faible et vous continuerez à avoir des problèmes de poids, à vous sentir fatigués et à avoir une longue liste de symptômes caractéristiques de l’hypothyroïdie. Et cela pourrait avoir lieu même si vos analyses sanguines ne l’indiquent pas. Et que se passe-t-il lorsque vos analyses indiquent que le niveau de votre TSH, T3 et T4 est « normal »? Eh bien, il est probable que votre médecin accroisse la dose de vos médicaments. Mais cela ne règle pas le problème.

Le problème est que la plupart des médecins traditionnels ne reconnaissent pas les tendances thyroïdiennes dont nous avons discuté dans cet article. Nous ne nions pas le rôle que joue l’hormonothérapie thyroïdienne substitutive, toutefois, le fait de comprendre les facteurs qui perturbent votre physiologie thyroïdienne et de faire des efforts pour gérer et éliminer ces problèmes peut aider à améliorer votre santé et vos fonctions thyroïdiennes.

La gestion de votre santé thyroïdienne est importante

Les troubles thyroïdiens ne sont pas un problème isolé. Ils peuvent accroître votre risque d’autres problèmes de santé. Les personnes souffrant de dysfonctions thyroïdiennes sont à risque accru de fibromyalgie, d’infertilité, de glycémie élevée et de résistance à l’insuline, de maladies cardiaques, de dépression et de plusieurs maladies auto-immunes.

Le fait d’ignorer vos symptômes ou de continuer à prendre vos médicaments pour la thyroïde bien que cela ne donne aucun résultat détériora davantage votre santé. Que pouvez-vous faire?

  1. Mangez sainement et faites de l’exercice régulièrement
  2. Diminuer l’inflammation
  3. Prenez soin de votre santé digestive et traitez le syndrome de l’intestin perméable à l’aide d’un bon régime alimentaire et de suppléments
  4. Emboîtez le pas vers une diminution de votre niveau de stress
  5. Assurez-vous d’avoir un bon statut nutritionnel. Les vitamines telles que le sélénium [2], le zinc [3], le fer, le magnésium et la vitamine D [4] jouent un rôle très important dans le maintien de la bonne santé thyroïdienne.
  6. Vous souffrez d’une infection chronique ? Ne la laissez pas s’enraciner, puisque les infections stressent vos glandes surrénales et causent de l’inflammation.
  7. Maintenez votre glycémie à un niveau normal
  8. Identifiez vos allergies alimentaires
  9. Dormez bien
  10. Perdez du poids

Toutes ces interventions auront non seulement pour effet d’améliorer les paramètres directement liés à votre santé thyroïdienne, mais ils vont également agir de concert afin de maintenir votre bonne santé globale.

Références :

  1. Jung et al. Posttraumatic stress disorder and incidence of thyroid dysfunction in women. Psychological Medicine. 2018.  
  2. Ventura et al. Selenium and Thyroid Disease: From Pathophysiology to Treatment. Int J Endocrinol. 2017
  3. Betsy et al. Zinc Deficiency Associated with Hypothyroidism: An Overlooked Cause of Severe Alopecia. Int J Trichology. 2013
  4. Kim et al. Low vitamin D status is associated with hypothyroid Hashimoto’s thyroiditis. Hormones (Athens). 2016

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