Guide pratique : problèmes menstruels et signes à ne pas ignorer

Saviez-vous que vos règles mensuelles en disent long sur votre état de santé, et en particulier sur votre santé hormonale ? Cela est important sachant que les hormones jouent un rôle essentiel dans le maintien du bon fonctionnement des systèmes corporels. Les problèmes menstruels sont assez fréquents, mais si vous connaissez les signes à surveiller, certains de ces soucis pourraient en fait vous indiquer qu’il est temps de visiter votre gynécologue. Parfois, même des changements subtils dans votre rythme menstruel peuvent être un indicateur de graves problèmes en devenir. 

La douleur et les symptômes d’ordre émotionnels font partie du cycle menstruel. Mais pour certaines femmes, les problèmes menstruels peuvent perturber leur qualité de vie. Des saignements abondants aux douleurs débilitantes, en passant par les règles irrégulières et le SPM sévère, les problèmes menstruels peuvent être déconcertants et peuvent se manifester de plusieurs manières.  

Pourquoi avez-vous vos règles ?

Chaque mois, le corps de la femme subit une série de changements afin de se préparer pour une grossesse potentielle. L’un des ovaires libère un ovule et lors de ce processus, l’utérus développe une paroi (endométriome) servant à nourrir et à protéger le fœtus dans le cas d’une grossesse. Si la grossesse en question n’a pas lieu, l’utérus rejette cette paroi. C’est à ce moment que la femme a ses règles.   

Le jeu des hormones

Plus précisément, vos règles ne constituent qu’une partie de votre cycle menstruel mensuel. Plusieurs hormones agissent de concert afin d’orchestrer les événements précédant et suivant votre cycle menstruel. Jetons un coup d’œil aux deux phases importantes d’un cycle menstruel normal et sain. 

La phase folliculaire

La première journée de vos menstruations constitue la première journée de votre cycle menstruel. C’est de cette manière qu’il début. Le taux d’estrogène et de progestérone est faible, faisant en sorte que l’utérus rejette la paroi interne. 

Vos ovaires libèrent les cellules ovulaires qui croissent et mûrissent dans les follicules, de petits sacs gorgés de fluide. Les follicules libèrent de l’estrogène, dont le taux continue de croitre pendant environ la première moitié de votre cycle. Si votre cycle est d’une durée de 28 jours, alors la moitié de celui-ci serait 14 jours; ou si votre cycle est de 35 jours, alors la moitié serait 17 jours. Avec ses nombreux rôles, l’estrogène envoie également le signal à l’utérus afin qu’il forme une paroi de vaisseaux sanguins et de tissus mous. Les follicules continuent de croitre jusqu’à atteindre une certaine taille puis le follicule le plus mûr libérera un ovule, qui sera emporté dans la trompe de Fallope, où il attendra d’être fertilisé par un spermatozoïde (cette phase est appelée ovulation). 

Phase lutéale

Une fois que le follicule libère l’ovule, il sécrète de la progestérone, ce qui fait enfler la paroi et prépare l’utérus à recevoir l’ovule fertilisé. Si l’ovule n’est pas fertilisé, le taux de progestérone et d’oestrogène chute. Cela envoie un signal à l’utérus d’expulser la paroi. Le cycle alors continue, à moins que quelque chose cloche dans le corps, ce qui se traduira par des problèmes menstruels.  

Quelques faits sur le cycle menstruel

  • Les filles commencent leurs règles typiquement entre l’âge de 9 et 13 ans. 
  • Le cycle moyen et normal dure typiquement entre 25 et 35 jours, avec des règles durant de 3 à 7 jours. 
  • L’intensité, la fréquence et les symptômes peuvent varier selon les femmes. Ils peuvent même changer chez une même femme selon les cycles. 
  • Il est fréquent d’avoir des cycles de longue durée et inconstants lors des premières années de menstruations. Ils ont tendance à devenir plus courts en durée et plus réguliers avec l’âge. 
  • Une fois que la tranche d’âge des 45 à 55 ans est atteinte, le corps produit moins d’estrogène et les règles deviennent irrégulières et de plus courte durée, jusqu’à stopper complètement. Il s’agit de la ménopause. 

5 problèmes menstruels que vous ne devriez pas ignorer

  1. Saignements abondants ou ménorrhagie

Durant des règles normales, la femme peut perdre de 20 à 60 ml de sang en un mois. Ce qui équivaut à une quantité allant de 6 à 8 cuillères à café. La perte sanguine chronique de plus de 80 ml est considérée comme étant des saignements abondants. Une telle chose est fréquente lors des années d’adolescence ainsi que lors de la fin 40aine et 50aine. 

Puisqu’il n’est pas possible de mesurer la perte sanguine, comment savoir si vous saignez plus qu’à la normale? 

  • Si vous devez changer votre serviette sanitaire toutes les 1 à 2 heures
  • Si votre flux sanguin dure plus de 7 jours
  • Si votre literie en devient trempée
  • Si cela interfère avec votre routine quotidienne, comme le fait de travailler, prendre soin des enfants ou sortir

N’ignorez pas ces signes. Les saignements abondants anormaux peuvent donner lieu à de l’anémie. Ces signes peuvent indiquer des problèmes sous-jacents. Certains médicaments peuvent également vous faire saigner abondamment lors de cette période. 

  • Déséquilibres hormonaux, en particulier en ce qui a trait à la progestérone et à l’estrogène
  • Fibromes dans l’utérus
  • Petites protubérances charnues ou polypes dans l’utérus
  • Glande thyroïde hypoactive 
  • Fausse couche
  • Problèmes liés à un stérilet (dispositif intra-utérin)
  • Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) – peut causer des règles abondantes mais irrégulières
  • Infections vaginales
  • Grossesse ectopique, ce qui a lieu lorsque l’ovule fertilisé commence à croitre dans la trompe de Fallope
  • Maladie sanguines, telles que la leucémie, les troubles plaquettaires ou les problèmes de coagulation. (La maladie de von Willebrand peut également contribuer au problème, bien qu’il ne s’agisse pas d’une cause fréquente. La maladie de von Willebrand est une maladie génétique causée par un manque ou un dysfonctionnement des protéines qui permettent la coagulation et la gestion du saignement.)
  • Médicaments anticoagulants tels que la warfarine 
  • Arrêt de la prise de la pilule anticonceptionnelle
  1. Menstruations douloureuses ou dysménorrhée

Lors des règles, il est normal d’avoir des douleurs ou des crampes dans le bas-ventre. Les cellules de la paroi utérine produisent de la prostaglandine, une substance ressemblant à une hormone qui est liée à la douleur et à l’inflammation. La fonction de la prostaglandine est de faire contracter l’utérus afin qu’il puisse rejeter et expulser la paroi qui s’y est développée en prévision d’une grossesse potentielle. Votre douleur résulte de ces contractions intenses. Un taux accru de prostaglandine peut également causer d’autres symptômes, tels que des nausées, des diarrhées et de légers étourdissements.

Ce qui n’est toutefois pas normal, c’est lorsque ces crampes deviennent extrêmement douloureuses. Si vos douleurs menstruelles ne sont pas soulagées grâce à un médicament antidouleur en vente libre, si vous devez vous absenter du travail ou si cela interfère avec votre routine quotidienne, cela pourrait être un indicateur de : 

  • Fibromes utérins
  • Maladie inflammatoire pelvienne
  • Endométriose (caractérisée par la croissance extra-utérine de la paroi de l’utérus)
  • Problèmes liés au stérilet
  • Infections transmises sexuellement, telles que la chlamydia ou la gonorrhée
  • Adénomyose (qui se caractérise par la croissance de la paroi utérine sur la paroi musculaire de l’utérus) 
  1. Syndrome Prémenstruel (SPM)

Le SPM se caractérise par un ensemble de symptômes qui peuvent être physiques (tels que des crampes, des ballonnements et des maux de tête) ou psychologiques (tels que des sautes d’humeur, un état dépressif et des crises de larmes). Plus de la moitié des femmes ressentent des symptômes légers de 7 à 10 jours avant le début des règles. En général, ces signes s’estompent au moment où les règles débutent, ou dans les heures ou jours qui suivent. 

Certains symptômes fréquents du SPM :

  • Ballonnement
  • Maux de dos
  • Maux de tête et migraines
  • Seins enflés et douloureux
  • Agressivité et irritabilité
  • Stress, anxiété et confusion
  • Sautes d’humeur et dépression
  • Fatigue excessive
  • Constipation ou diarrhée
  • Maladresse 
  • Pleurs et état dépressif
  • Crampes abdominales
  • Acné 

Le SPM peut être compliqué. Il se peut que vous éprouviez certains de ces symptômes, si non tous. Il se peut également qu’ils varient selon les mois. Même leur intensité peut varier selon les mois. Il est donc difficile de savoir d’avance à quoi s’attendre. Cependant, dans une certaine mesure, le SPM est normal et résulte de la fluctuation du taux d’estrogène et de progestérone. 

Il est temps de s’inquiéter lorsque vos symptômes prémenstruels sévères vous empêchent de vaquer à vos activités quotidiennes. Un niveau élevé de stress, de sautes d’humeur, de fatigue et de dépression avant vos règles est source d’inquiétude et peut indiquer que quelque chose autre que vos hormones en est la cause. 

  1. Absence de menstruations (aménorrhée)

Il est normal de ne pas avoir ses règles de façon régulière pendant la ménopause et, bien entendu, si vous êtes enceinte. Toutefois, si vous n’êtes pas enceinte et n’avez pas atteint l’âge de la ménopause, ne pas avoir ses règles peut être une bonne raison de s’inquiéter. Il y a encore plus de raisons de s’inquiéter si vos règles ont toujours été régulières mais sont absentes depuis 6 mois ou plus. Ce phénomène s’appelle « aménorrhée secondaire ». L’aménorrhée primaire est caractérisée par le fait qu’une fille n’ait pas eu ses premières menstruations avant l’âge de 16 ans. 

Parmi les causes possibles d’absences de règles autres que la grossesse ou la ménopause, on retrouve entre autres : 

  • Stress ou choc soudain (le stress a un effet direct sur vos fonctions endocriniennes) 
  • Perte de poids soudaine et extrême
  • Trop d’exercice physique
  • Kystes ovariens
  • Ablation chirurgicale des ovaires
  • Problèmes thyroïdiens
  • Fonctionnement anormal de la glande pituitaire
  • Allaitement
  • Traitement pour le cancer, tel que la radiothérapie ou la chimiothérapie 
  • Insuffisance ovarienne prématurée (qui se caractérise par une perte de fonctions ovariennes avant l’âge de 40 ans) 
  • Troubles alimentaires tels que l’anorexie nerveuse
  • Certains types de contraceptifs
  • Procédures chirurgicales telles que la D&C (dilation et curettage)
  • Ménopause précoce 
  1. Menstruations irrégulières

Vos règles mensuelles peuvent devenir irrégulières lorsque l’âge de la ménopause approche. Mais l’irrégularité des règles peut également être dû aux pilules contraceptives que vous prenez. Sinon, cela pourrait être un indicateur de :

  • SOPK
  • Problèmes thyroïdiens 
  • Préménopause (la période précédant la ménopause; a généralement lieu vers la fin de la 40aine ou le début de la 50aine)
  • Taux accru de prolactine, une hormone qui permet la lactation

Traitement des problèmes menstruels

Il existe plusieurs moyens de gérer vos problèmes menstruels. En voici quelques exemples :

  • Les pilules contraceptives peuvent alléger les symptômes de SPM et même contrôler l’abondance du flux. 
  • Si votre problème est dû à des dysfonctions thyroïdiennes, vos symptômes pourraient s’alléger une fois que vous aurez commencé votre traitement pour le contrôle de votre hormone thyroïdienne. 
  • L’usage d’un coussin chauffant ou d’une bonne vieille bouillotte peut aider à soulager la douleur ainsi que les symptômes du SPM. La chaleur peut aider à détendre les vaisseaux sanguins de l’utérus et ainsi améliorer la circulation, ce qui aide à éliminer la prostaglandine sanguine plus rapidement. 
  • Des antibiotiques peuvent être utilisés pour traiter les infections vaginales ou la maladie inflammatoire pelvienne, qui peuvent être la cause de vos saignements abondants ou vos douleurs menstruelles.
  • Les nutriments tels que la vitamine D, la vitamine B12 et le fer sont utiles pour un équilibre hormonal sain. 
  • L’usage d’une huile de magnésium à vaporiser peut aider à diminuer la douleur liée aux menstruations. 
  • Réduisez votre consommation de sel et d’alcool. 
  • Le stress accroît non seulement votre sensibilité à la douleur, mais il perturbe également davantage votre équilibre hormonal. Le yoga, la méditation pleine conscience et d’autres exercices de relaxation peuvent aider à diminuer votre niveau de stress. 

Bien que ces mesures soient bonnes, vous devez également prendre rendez-vous avec votre gynécologue afin de faire analyser vos symptômes. La santé de vos menstruations est aussi importante que tout autre aspect de votre santé globale. Ne tenez pas pour acquis que vos douleurs anormales, votre état dépressif, vos saignements abondants ou votre absence de règles font partie de votre cycle menstruel. Il pourrait s’agir de problèmes de santé nécessitant une attention immédiate. 

Si vous ne les traitez pas à temps, vos problèmes menstruels et leurs causes sous-jacentes peuvent donner lieu à plusieurs autres problèmes de santé, tels que l’anémie ou une diminution de vos chances de tomber enceinte. L’endométriose, par exemple, peut accroitre votre risque de plusieurs maladies chroniques, telles que le cancer, des maladies cardiaques et des maladies auto-immunes, dont le lupus, la sclérose en plaques, l’arthrite rhumatoïde et la maladie inflammatoire intestinale. Prenez votre santé menstruelle au sérieux!!

Références générales

  1. Menstruation in Girls and Adolescents: Using the Menstrual Cycle as a Vital Sign. Committee Opinion No. 651The American College of Obstetricians and Gynecologists. 2015
  2. FAQ: Abnormal uterine bleeding. American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG). 2012.
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