Comment le stress affecte la santé thyroïdienne

Le stress, à petites doses, peut être utile à l’adaptation. En fait, il peut être très motivant. Mais à long terme, le stress peut perturber la santé de plusieurs manières. Les études ont associé le stress chronique à plusieurs problèmes de santé, allant des maladies cardiaques au diabète de type 2, la haute tension, les troubles gastro-intestinaux, la dépression, la fibromyalgie et plus encore.

Saviez-vous que le stress est également nocif pour le bon fonctionnement thyroïdien? Avant de voir plus en détails de quelle manière le stress affecte la glande thyroïde, voyons d’abord comment celle-ci fonctionne.

Comment la glande thyroïde fonctionne

La glande thyroïde, un organe qui a la forme d’un papillon, fait partie du système endocrinien. Elle produit les hormones thyroïdiennes, qui sont impliquées dans la régulation de plusieurs fonctions corporelles, telles que le métabolisme, la production de chaleur, le développement cérébral, la respiration, la digestion, la reproduction, la gestion du poids, et plus encore.

La glande thyroïde produit les hormones thyroïdiennes; la thyroxine (T4) et la triiodothyronine (T3), qui sont libérées dans le flux sanguin. L’hypothalamus et la glande pituitaire sont deux glandes cérébrales qui agissent de concert afin de réguler le taux d’hormones thyroïdiennes dans le corps.

  • L’hypothalamus sécrète l’hormone thyréotrope (TRH), qui signale à la glande pituitaire de produire davantage de thyréostimuline (TSH)
  • La TSH signale à la glande thyroïde de produire davantage d’hormones T4 et T3. Plus de 90 % des hormones produites à ce stade sont sous forme de T4, qui est relativement inactive.  
  • Lorsque le taux sanguin de T3 et de T4 augmente, la glande pituitaire diminue la production de TSH grâce à un mécanisme de boucle négative.
  • La T4 (prohormone inactive) est convertie en T3, qui est plus active, dans divers tissus et organes, tels que le foie, les reins et les intestins.
  • La T3 pénètre les cellules à l’aide des récepteurs d’hormones thyroïdiennes, qui sont présents sur les cellules.

Si un problème survient à l’une ou l’autre de ces étapes, cela pourrait résulter en une production, une conversion et une assimilation inadéquates de ces hormones thyroïdiennes. Comme nous allons le voir plus bas, le stress affecte ces voies de plus d’une manière.  

L’hypothyroïdie versus l’hyperthyroïdie

L’un des troubles thyroïdiens les plus communs est l’hypothyroïdie, c’est-à-dire la diminution de la production d’hormones par la glande thyroïde. Cela signifie que la plupart des fonctions corporelles dépendant des hormones thyroïdiennes diminuent également – donnant ainsi lieu à des symptômes tels qu’une diminution du rythme cardiaque, la dépression, la fatigue, le gain de poids, une peau et des cheveux secs, une diminution de la sudation et de la constipation. La cause la plus fréquente de l’hypothyroïdie est la maladie de Hashimoto, qui est une maladie auto-immune.

Quant à l’hyperthyroïdie, il s’agit d’une surproduction d’hormones thyroïdiennes. Les symptômes incluent la nervosité, un rythme cardiaque élevé, les mains qui tremblent, de la fatigue, une augmentation de la sudation, des menstruations moins fréquentes ou moins abondantes chez les femmes et des selles fréquentes. L’hyperthyroïdie est surtout causée par la maladie de Grave, également une maladie auto-immune. Nous allons bientôt explorer le lien entre le stress et l’auto-immunité.  

Ce qui dérègle notre glande thyroïde

Définissons d’abord « stress »

Le stress ne se limite pas aux sentiments négatifs causés par des échéances déraisonnables au travail, la perte d’un emploi, des problèmes financiers ou une séparation amoureuse. Tout changement pouvant altérer la biochimie naturelle de votre corps ainsi que son équilibre interne peut être source de stress. Selon cette définition, les facteurs tels que les déséquilibres du taux de glycémie, la perméabilité intestinale, les infections chroniques, l’exposition aux toxines environnementales et, bien sûr, le régime alimentaire riche en sucre et en aliments transformés peuvent également stresser votre corps. On pourrait donc dire que le stress prend plusieurs formes différentes: il peut être émotionnel, mental, physiologique et même chimique.   

Comment le stress contribue aux troubles thyroïdiens

Votre glande thyroïde est extrêmement sensible aux changements et elle est négativement affectée par de nombreux facteurs internes et externes. Et parmi ceux-ci (incluant les maladies génétiques et auto-immunes), on retrouve le stress chronique, qui joue un rôle important.

1. Le stress chronique cause le dysfonctionnement de l’axe HPA

Le stress perturbe la manière dont fonctionne l’axe Hypothalamus-Pituitaire-Adrénal (HPA). L’une des fonctions les plus importantes de l’axe HPA est celle du contrôle de la manière dont le corps réagit au stress.

Lorsque vous êtes stressé, votre axe HPA libère une série d’hormones, telles que le cortisol et l’adrénaline. Ce jet hormonal vous fournit un élan rapide d’énergie, vous rendant ainsi moins sensible à la douleur, tout en augmentant votre taux de glycémie ainsi que votre rythme cardiaque. Ces changements biochimiques ont pour but de préparer votre corps à évaluer et à répondre à la situation stressante le plus efficacement possible (mode lutte ou fuite). Bien entendu, ce jeu hormonal est censé être de courte durée. Une fois que la source de stress n’est plus présente, le corps retourne à son état normal.

Or, que se passe-t-il lorsque vous faites face à une situation stressante après l’autre? Il se produit un flux continu d’hormones du stress, dont le cortisol. Après peu de temps, vos glandes surrénales se fatiguent, ce qui résulte en fatigue surrénale. Voyons de quelle manière le stress surrénal et le taux accru de cortisol affecte les fonctions thyroïdiennes :

  • Le stress surrénal chronique perturbe l’axe HPA, atténuant ainsi les fonctions de la glande thyroïde. La hausse du taux de cholestérol diminue la production d’hormone thyroïdienne. L’excès de cortisol altère également la conversion de la T4 inactive en T3 active.
  • L’hormone T3 doit être absorbée par les cellules pour fonctionner. Cela se produit avec l’aide des récepteurs présents sur pratiquement toutes les cellules du corps. Mais le stress chronique (et l’augmentation du taux de cortisol) rend ces récepteurs moins sensibles à la T3, ce qui affecte l’assimilation de T3 par les cellules. Cela revient à avoir un taux normal de T3, mais parce que la sensibilité des sites récepteurs est moindre, les cellules ne sont pas réceptives à l’hormone thyroïdienne. C’est ce qu’on appelle résistance thyroïdienne, soit lorsque la cellule développe une résistance à l’hormone thyroïdienne. Les études démontrent que les protéines inflammatoires libérées lorsque stress il y a altèrent la sensibilité des sites récepteurs thyroïdiens. [1]

C’est pourquoi certains patients ne constatent aucune amélioration quant à leurs symptômes d’hypothyroïdie même après la prise de médicaments et même si leur bilan de santé indique un taux normal. Le problème ne se trouve pas au stade de « production », mais plutôt au stade d’« assimilation », dû au stress chronique. Le fait d’accroitre votre dose n’aidera pas si vos récepteurs ne sont pas réceptifs.

2. Le stress chronique surcharge votre système immunitaire

Le stress à long terme crée, de manière générale, un environnement inflammatoire dans le corps. [2] Les événements chroniques de réactions inflammatoires rendent le corps plus susceptible de développer des problèmes de nature auto-immune, tels que le lupus, l’arthrite rhumatoïde, la sclérose en plaque, la maladie intestinale inflammatoire, l’asthme, la dermatite et la thyroïdite de Hashimoto.

Les épisodes prolongés de stress chronique font que votre système immunitaire est surchargé. Un système immunitaire hyper-réactif lance à répétition des réactions inflammatoire et finit par perdre sa capacité à distinguer les cellules saines des cellules indésirables. Votre corps produit alors des anticorps qui se mettent à attaquer les tissus sains, déclenchant ainsi des maladies auto-immunes telles que la thyroïdite de Hashimoto, qui se caractérise par la création d’anticorps qui vont attaquer le tissu thyroïdien.  

3. La relation entre le cortisol et l’œstrogène

Parmi ses nombreuses fonctions, le foie est également chargé d’éliminer l’excès d’hormones, dont l’estrogène. Toutefois, un niveau continuellement élevé de cortisol a pour effet d’interférer avec la capacité du foie à éliminer l’estrogène superflus. Les dysfonctions surrénales, causées par stress chronique, peuvent empêcher le foie de bien fonctionner, ce qui diminue sa capacité de détoxication. En effet, les études démontrent que la dépression, l’anxiété et le stress augmentent le risque de maladies hépatiques.

Voici les effets de l’excès d’estrogène :

  • Affecte directement la capacité de votre glande thyroïde à produire des hormones
  • Empêche le foie de convertir la T4 en T3, la forme d’hormone thyroïdienne que vos cellules peuvent effectivement utiliser pour produire de l’énergie.
  • Accroit le taux de globuline liant la thyroxine (TBG) dans le corps. La TBG est l’une des protéines qui se lient aux hormones thyroïdiennes et qui les transportent dans le flux sanguin. Tant que l’hormone thyroïdienne demeure attachée à la TBG, elle est inactive. L’hormone thyroïdienne a besoin de se séparer de la TBG afin de pouvoir se lier et activer les récepteurs thyroïdiens présents sur les cellules. Cela a lieu lorsque les cellules permettent à la T3 de pénétrer à l’intérieur. Trop de TBG en circulation est néfaste, puisque cela ralentirait l’entrée de la T3 dans les cellules.

4. Le stress donne lieu à une mauvaise santé digestive

Le lien entre la santé digestive et la thyroïde est probablement l’une des plus importantes pièces du puzzle, bien qu’elle ne soit pas bien comprise. Il s’agit également de l’un des aspects les plus ignorés. Comment votre santé digestive est-elle liée à votre santé thyroïdienne? De plusieurs manières, si l’on en croit une étude menée en 2011. [3]

Votre système digestif abrite un millier de milliards de bactéries, qui ont une influence sur votre immunité, votre digestion, votre métabolisme et votre santé globale. Cette flore bactérienne est un mélange de bonnes et de mauvaises bactéries. L’équilibre entre ces deux populations est la clé d’une bonne santé. En fait, 80% de votre système immunitaire réside dans votre système digestif.

La digestion impacte notre humeur !

Dysbiose digestive, perméabilité intestinale et connexion auto-immune :

Le stress continu peut épuiser vos réserves de bonnes bactéries, ce qui crée un déséquilibre dans la flore bactérienne (dysbiose digestive). Ce déséquilibre menace l’intégrité de la paroi intestinal – ce qui donne lieu à une myriade de problèmes de santé, dont de l’inflammation et de la perméabilité intestinale.

Votre paroi intestinale agit comme barrière protectrice, qui permet aux nutriments de passer, tout en gardant un œil sur les substances toxiques. Mais avec un intestin perméable, les jonctions étroites de la paroi intestinale se rompent, formant ainsi des trous qui permettent aux protéines non digérées et aux toxines (ainsi que d’autres éléments indésirables) de pénétrer le flux sanguin. Sachant que ces substances ne doivent pas se retrouver dans la circulation sanguine, votre corps rétorque immédiatement en attaquant. Les réactions immunitaires fréquentes résultent en la formation d’anticorps qui se mettent à détruire les tissus mêmes du corps, dont la thyroïde.

Santé digestive et conversion de la T4 en T3

Votre glande thyroïde produit la T4 et la T3, mais elle produit davantage d’hormone T4, qui est inactive. La T4 est convertie en T3 active dans les tissus et organes tels que les intestins, les reins et les muscles squelettiques. La T3 est la forme utilisée par les cellules.

Près de 20 pourcents de la T4 est converti en T3 dans les intestins. Les bonnes bactéries qui s’y trouvent fournissent une enzyme spécifique nécessaire à cette conversion. La dysbiose bactérienne, déclenchée par le stress chronique ainsi que tout un tas d’autres facteurs, altère cette conversion – ce qui résulte en une carence sanguine en T3. Il n’est donc pas surprenant que les personnes qui ont une mauvaise santé intestinale présente des symptômes caractéristiques des troubles thyroïdiens.    

Santé digestive et absorption des nutriments

Encore une fois, la mauvaise santé intestinale empêche le corps d’absorber efficacement les nutriments. Les nutriments tels que l’iode, le sélénium, le magnésium, la vitamine B12, le zinc et la vitamine D jouent un rôle important dans le sain fonctionnement thyroïdien.   

Par exemple, vous avez besoin de magnésium, de zinc et de vitamine B12 pour produire de la TSH.  Les minéraux tels que le sélénium et le zinc favorisent la conversion de T4 en T3. Vous avez besoin de la vitamine D et de la vitamine A pour aider la T3 à se lier aux récepteurs des cellules. Si votre corps a une carence en l’un de ces nutriments, plusieurs processus liés au métabolisme de l’hormone thyroïdiennes en souffrent. En effet, une étude de 2015 a démontré qu’un faible taux de vitamine D est associé à un faible taux de TSH ainsi qu’à un taux élevé d’anticorps thyroïdiens – ce qui est fréquent chez les personnes souffrant des maladies de Graves et de Hashimoto. [4]

5. Le stress accroît le taux de glycémie

Le stress chronique et le cortisol qui en résulte causent une hausse abrupte de votre taux de glucose sanguin. Les études montrent que « le stress peut indirectement influencer le développement du diabète de type 2 en favorisant l’obésité ainsi que le syndrome métabolique. » [5]

Le débalancement du taux de sucre causé par un stress prolongé peut également affecter votre thyroïde. Le lien entre le diabète et les maladies thyroïdiennes est bien établi. Le mauvais métabolisme du glucose peut affecter les fonctions de la glande thyroïdienne, ce qui peut donner lieu à de la résistance à l’insuline. [6] [7]

Un haut taux de sucre contribue également à de l’inflammation chronique, qui constitue un énorme facteur de risque de maladies thyroïdiennes auto-immunes.

La chose importante à retenir ici, c’est que le traitement conventionnel pour la thyroïde doit être accompagné de stratégies qui permettent de diminuer le stress chronique. Et souvenez-vous que le stress peut provenir de n’importe où. À long terme, les carences alimentaires, les troubles digestifs, les infections persistantes, le mauvais régime alimentaire, le manque de sommeil et la détresse émotionnelle peuvent tous être source d’un immense stress pour votre corps, altérant ainsi son harmonie globale. Le fait de faire face à ces problèmes de manière intégrale devrait faire partie de la stratégie de gestion des troubles thyroïdiens.  

Références :

  1. Kimura et al. Chemokine orchestration of autoimmune thyroiditis. Thyroid. 2007
  2. Cohen et al. Chronic stress, glucocorticoid receptor resistance, inflammation, and disease risk. PNAS. 2012.
  3. Konturek et al. Stress and the gut: pathophysiology, clinical consequences, diagnostic approach and treatment options. J Physiol Pharmacol. 2011
  4. Arslan et al. Isolated Vitamin D Deficiency Is Not Associated with Nonthyroidal Illness Syndrome, but with Thyroid Autoimmunity. The Scientific World Journal. 2015.
  5. Marcovecchio et al. The effects of acute and chronic stress on diabetes control. Sci Signal. 2012
  6. Hage at al. Thyroid Disorders and Diabetes Mellitus. Journal of Thyroid Research. 2011
  7. Gierach M et al. Insulin resistance and thyroid disorders. Endokrynol Pol. 2014